samedi 19 octobre 2019
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Xavier Driencourt, ambassadeur de France en Algérie

Célébration du 14 juillet : les messages subliminaux de l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt

L’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, a présidé la cérémonie traditionnelle de la célébration du 14 juillet, dimanche en sa résidence, la Villa des Oliviers sur les hauteurs d’Algérie.

Coïncidant avec la tenue de la demi- finale de la CAN 2019 qui verra ce soir l’Algérie donner la réplique au Nigéria, Xavier Driencourt n’a pas manqué de mettre en avant ce double évènement heureux, le qualifiant de «grand jour» et souhaiter bonne chance aux ‘’Verts’’.

Traçant, ensuite, au marqueur «l’importance historique», pour la France, du 14 juillet, tout en évoquant la même importance des deux dates historiques de l’Algérie, le 5 juillet et le 1er novembre «qui célèbrent un même événement, l’indépendance recouvrée», il s’est attelé à revisiter l’histoire de la révolution française et ses dates-clés en deux temps : la prise de la Bastille en 1789 et son parachèvement «moins violent» le 14 juillet 1790.

L’occasion pour l’ambassadeur de France de faire une amorce, toute en subtilité, sur la situation que vit l’Algérie actuellement. Invoquant Kateb Yacine, il estime que «Lorsque les peuples donnent à leurs destinées un tour volontaire, la route qui s’ouvre est souvent semée d’embuches, et les Français, comme aujourd’hui les Algériens, le savent : pour que ce processus révolutionnaire débute, il faut déjà – comme l’écrivait Kateb Yacine en 1946 – « laisser les vieilles espérances, et forcer la porte du doute».

Et au diplomate, chevronné, de concéder un mea culpa, à peine voilé, quand à l’approche la plus juste des événements en cours en Algérie.

« Nous autres diplomates, n’avons peut-être pas vu juste. Il faut l’avouer, nombre d’entre nous n’avions pas perçu la formidable force de changement qui sommeillait dans ce pays. En quelques jours, nous nous sommes retrouvés dans un monde transformé, aux horizons redéfinis, aux perspectives nouvelles et l’Algérie d’aujourd’hui n’est pas celle que j’ai connue durant mes années passées ici», dira-t-il dans cette veine.

S’étalant d’avantage sur le sujet, le diplomate français estime que «L’Algérie est ainsi revenue, en peu de temps, à sa vieille tradition de pays révolutionnaire – que la France, comme le monde – lui connait bien. On parlait souvent d’Alger comme ‘’la Mecque des révolutionnaires’’, par les nombreuses rencontres internationales qui s’y tenaient ; on dira peut-être bientôt qu’Alger est ‘’la Mecque des révolutions’’, par l’exemple qu’elle donne à tous ceux qui, voulant transformer les vieux ordres et les systèmes anciens, refusent de payer le prix de la violence».

«En cela elle force le respect des autres nations, elle écrit une nouvelle page de son histoire et de l’histoire du monde sous le regard ébahi et admiratif de la planète», ajoutera-t-il encore, le verbe élogieux».

Xavier Driencourt conclura par un appel franc et construit à la préservation de la relation entre la France et l’Algérie. Un plaidoyer ex cathedra qui se veut une éclaircie sous le ciel ombrageux de l’heure entre les deux pays. Son intégralité :

«Quel que soit l’avenir que vous écrirez, une chose restera, c’est la relation entre la France et l’Algérie. Nous sommes unis dans nos différences, c’est la singularité et la force de nos relations, nous sommes unis indéfectiblement : Alger sera toujours à 800 kms de Marseille ; unis par nos populations, nos cultures, nos économies, la langue aussi que nous avons en partage. Nos rapports sont uniques dans leur genre, inédits de proximité entre deux nations si différentes par leur histoire et leurs références. Il faut, quelles que soient les évolutions des deux côtés de la Méditerranée – et nous savons tous que l’Europe, comme la France, connait aussi ses mutations – faire fructifier ces liens, qui dessinent l’avenir de nos pays et de notre relation. Par les Instituts Français, les échanges entre universités, l’enseignement du français, nous œuvrons tous ici à développer cet héritage qui nous a été légué. C’est une opportunité pour l’Algérie, c’est une chance pour la France, qui a aussi tant à apprendre de l’Algérie ; c’est aussi une chance pour les Français qui, surpris comme ils l’ont été depuis ce mois de février, souhaitent mieux vous connaître. C’est quelque chose qui résiste au temps. Vous tous ici œuvrez quotidiennement à faire vivre ce dialogue, et faire prospérer ce « nous » franco-algérien, pour qu’il vive dans la durée».

Hacène Nait Amara